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Lien à la citoyenneté
Le lien que l'Homme entretient avec la nature varie selon les époques et les sociétés. Dans le cadre de la société l'Homme s'est doté de règles, de droits et de devoirs, dont les textes législatifs sont garants. Ces droits et devoirs sont rattachés à la personne dotée de raison, la citoyenne, le citoyen. La notion de citoyenneté a également mis du temps à s'imposer et encore aujourd'hui, les droits du citoyen sont inégalement reconnus et respectés sur la planète.
La notion même de citoyenneté a évolué depuis le siècle des Lumières, au tournant du XIXe-XXe siècle et aujourd'hui. Il n'est ainsi pas étonnant, à la fin du XIXe quand la citoyenneté moderne se stabilise, au moment où le scientisme et le positivisme dominent le monde scientifique (la nature est perçue comme étant sous la domination de l'Homme), qu'aucun lien ne soit fait entre citoyenneté et nature. Aujourd'hui, la crise environnementale amène les Etats à poser le droit à disposer de conditions de vie décente, le droit à un environnement qui ne menace pas la vie terrestre. Le droit à l'environnement (charte de l'environnement, 2004) a ainsi pris place dans la constitution française

Différentes conceptions des relations entre humains et nature
Une condition essentielle pour intégrer la nature dans une conception renouvelée de la citoyenneté, est de s'intéresser à l'histoire des liens entre l'Homme et la nature. Différentes conceptions, éthiques s'opposent en effet dans le temps et les courants de pensée.
Plusieurs grilles de lecture peuvent être activées pour rendre compte de postures différentes qui sont en fait des enjeux pour une éducation des jeunes à la citoyenneté aujourd'hui.
La philosophe Catherine Larrère propose plusieurs grilles de lecture pour clarifier les postures des acteurs (fig. 1).

Figure 1 - Des rapports humains-nature (d'après Larrère)
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Une première grille de lecture est celle du DEDANS / DEHORS.
Soit l'homme est « englué » dans la nature, soit il s'en extrait pour l'admirer, la contempler ou la dominer. Quand il est « englué » dedans, la nature est souvent connotée au mal. Quand il la contemple (cf. Thoreau et d'autres poètes/écrivains américains de la fin du XIXe siècle), il se place en spectateur émerveillé devant le spectacle de la nature. Les rapports à la nature sont alors plus de type « religieux » qu'éthique.
L'homme peut aussi être tenté de se dégager de la nature, soit en la mettant sous cloche â?? une nature sans l'Homme considéré comme un perturbateur (cf. les éthiques biocentrées) â?? soit pour mieux la maîtriser. C'est notamment le cas avec les avancées techniques et technologiques que les révolutions industrielles, jusqu'à nos jours, produisent. Une vision utilitariste de la nature est alors proposée pour satisfaire les désirs humains. Catherine Larrère a qualifié cette vision d'anthropocentrique : la nature est au service de l'homme ; elle lui est redevable sans contreparties.
Il peut aussi chercher sa place en son sein, dans une relation de complémentarité, symbiose (composer AVEC). Cet accord entre Homme et nature (cf. les éthiques écocentrées) va à l'encontre de la culture occidentale dominante qui a pensé la séparation entre nature et craint une remise en cause de la culture "humaniste" qui s'est construiste depuis la Renaissance (L. Ferry).

Figure 2 â?? Deux grandes visions du rapport Homme â?? nature
Cette figure est à considérer comme un modèle pour penser ; dans la réalité, le rapport qu'entretient un individu à la nature est souvent diversifié, empruntant à ces deux modèles de pensée, mais intégrant également des aspects affectifs, etc.

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La deuxième grille de lecture est celle du CONTRE / AVEC.
Dans l'optique « contre », c'est l'instrumentalisation de la nature à des fins de développement humain qui prime. La révolution agricole des années 1960 â?? même implicitement, voire inconsciemment â?? relève de cette logique. La disjonction entre nature et culture est propre aux sociétés occidentales depuis le XVIIe siècle (et plus largement la Renaissance).
Dans l'optique « avec », il s'agit d'exprimer la solidarité Homme-nature. Non seulement, l'Homme est dans la nature, mais il ne fait qu'un avec elle (d'où la perception d'objets hybrides de nature et de culture selon Latour). Son sort sur la Terre y est intiment lié. La reconnaissance de l'impact des activités humaines sur le changement climatique, à l'égal d'une force géologique (cf. anthropocène) en témoigne.
Si remettre en cause la séparation nature â?? culture pour nous semble difficile, nous avons à apprendre d'autres sociétés, où cette dissociation n'est pas de mise, comme en témoigne les travaux de l'anthropologue Philippe Descola.


La nature passée au filtre des RELIGIONS et des SPIRITUALITES
Un grand nombre de religions des peuples premiers inclut, d'une manière ou d'une autre, un culte de la Terre ou de la Nature. Dans les religions polythéistes, les rapports à la nature sont très variables.
Dans les religions monothéistes, le rapport à la nature est également variable. On oppose souvent les religions chrétiennes qui se situent dans la volonté de maîtrise (Baird Callicott) aux religions musulmanes qui cherchent d'avantage l'accord avec la nature (Delacour et Huleu).
Si les chrétiens considèrent la création comme une œuvre confiée par Dieu à l'homme pour qu'il en soit le gérant ou l'intendant, il n'en est pas de même pour les bouddhistes pour qui l'Homme n'occupe pas une place prépondérante dans la nature. Chez les bouddhistes, comme dans beaucoup de spiritualités (Pelt), il n'y a pas de discrimination entre l'être humain et les autres espèces animales, entre les vivants et les non-vivants. Les êtres vivants et les choses constituent un tout intimement lié, interdépendant.
Pour plus d'informations voir la thématique RELIGIONS & SPIRITUALITÉS

Intégrer aujourd'hui les questions d'environnement, de nature à la question de citoyenneté, c'est fondamentalement questionner le rapport entre nature et culture, et donc le rapport entre l'Homme et la nature. Et par delà, les rapports à la nature nous renseignent sur les rapports à l'autre.


Base documentaire sur ce sujet
- Baird Callicott J. (2009). Genèse : la Bible et l'écologie, Wildprojet
- Delacour M.-O., Huleu J.-R. (2009) - Le respect de la nature au coeur du Coran
- Descola P. (2005). Par delà nature et culture, Gallimard
- Ferry L. (1992). Le Nouvel Ordre écologique. L'arbre, l'animal et l'homme, éditions Grasset
- Larrère C. (2006). Éthiques de l'environnement, Multitudes, n° 24, p. 75-84.
- Larrère C., Larrère R. (2015). Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, éditions La découverte
- Latour B. (1991). Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie symétrique, éditions La découverte
- Pelt J.-M. (2008). Nature et spiritualité, Fayard
- RNEDD (2010). Développement durable, Fiche repère, n°1 - Fiche repère RNEDD n°1


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